L’écologie, le futur du rhum?

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La production de rhum est, et a toujours été, un projet très peu en accord avec l’écologie et la santé de notre belle planète. Et pourtant, de plus en plus de sociétés produisant notre breuvage préféré investissent aujourd’hui afin de non seulement être plus en accord avec la survie et le bien-être de la faune et la flore locale, mais en allant même plus loin et en adaptant leurs méthodes de production aux énergies renouvelables.

Je me souviens pertinemment du jour où pour la première fois, j’ai entendu parler d’un méthaniseur dans le contexte d’une distillerie de rhum. C’était en 2015, à la distillerie Saint James, à Saint-Marie, en Martinique, à l’occasion du 250e anniversaire des Plantations Saint James et j’ai non seulement trouvé le sujet passionnant, mais surtout la démarche stupéfiante.

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J’ignorai complètement, à cette époque, à quel point le groupe La Martiniquaise, propriétaire de la distillerie et de la marque, investissait dans l’écologie et les énergies renouvelables sur ce site. En creusant un peu à travers le temps et sur différents continents, je me suis très vite rendu compte que cet investissement ne s’arrêtait pas là et que je n’avais entrevue que la pointe de l’iceberg concernant son engagement dans le développement durable. Je vous propose donc un tour d’horizon des activités rhumières du groupe et des solutions écologiques mis en place par le groupe.

STJames_Logo475x256Revenons en tout d’abord à la distillerie Saint James, connue pour être l’un des plus importants producteurs de rhum agricole de la Martinique et du Monde avec une production annuelle environnant les 4 Mio de litres. La production de rhum agricole, surtout à grande échelle, produit un grand nombre de déchets et de dioxydes de carbone (CO²). Cependant, plusieurs solutions sont mises en place aujourd’hui pour lutter contre ces agents polluant.

Dans les champs de canne…
Tout d’abord, plus aucun pesticide n’est utilisé durant le cycle de production de la canne à sucre et les fertilisants, eux, sont tous issus de compost interne à la distillerie.
Les plantations de canne à sucre sont à proximité de la distillerie, ce qui réduit les trajets d’acheminement de la canne et réduit ainsi les émanations de CO². Le résidu de la canne à sucre pressée s’appelle “la bagasse”. Cette dernière est brûlée dans les chaudières comme combustible, afin de créer des vapeurs d’eau nécessaires au fonctionnement de la distillerie. En utilisant la canne à sucre comme unique source d’énergie, Saint James affiche un bilan CO² neutre !
Un compost fait maison! 
La combustion des bagasses pour l’alimentation des chaudières, produit également une fumée dense contenant des poussières. Celles-ci sont cependant captées en deux phases via un premier puis un second traitement, puis réutilisées dans la composition du compost dédié à la fertilisation des champs de canne.

Dans ce même compost, nous retrouvons également des excédents de bagasse ainsi que des fonds de cuve de fermentation. Saint James crée ainsi son propre compost et n’a ainsi nul besoin d’utiliser des engrais chimiques pour la fertilisation de ses plantations.

La bagasse non utilisée jusque-là pourra être transformée en électricité via un turbo alternateur.
Et la vinasse dans tout ça?
La distillation produit des résidus liquides et alcooleux aussi appelés vinasse. Cette vinasse remplie d’azote, de potassium ou encore de chlore est souvent déversée dans la nature (forêts, océans).À Sainte-Marie, cependant, ces résidus sont traités de deux manières.
La première façon est un traitement visant à obtenir une eau pure à 99%, qui servira à l’irrigation des champs de canne à sucre. Ce procédé, en dehors du fait de moins polluer, a également l’avantage de diminuer les pompages en rivières environnantes et donc de dessécher la flore locale à long terme.
IMG_3106La seconde manière de réutiliser les vinasses en revient à utiliser un digesteur, également appelé réacteur à biogaz ou encore ce fameux méthaniseur. Ce procédé se présente forme de fosse hermétique, dans laquelle sont déversées des composés organiques (ici les vinasses). Privées d’oxygène dans les cuves du méthaniseur et grâce à la chaleur locale, la vinasse commence à fermenter (fermentation anaérobique) à l’intérieur de cette fosse et produit ainsi du biogaz, essentiellement composé de méthane et de CO². Le gaz se forme dans les boues et remonte à la surface, mélangeant les boues par ce processus. Ce procédé entièrement biologique permet à nouveau à afficher un bilan neutre en CO² et le méthane produit sert à alimenter une chaudière produisant ainsi de l’électricité pour alimenter les locaux administratifs et commerciaux du site.
Il en résulte que la distillerie ainsi que ses locaux sont ainsi totalement autonomes au niveau énergétique, mais aussi que, grâce à tout ces procédés mis en place ces dernières années, Saint James peut aujourd’hui présenter un bilan énergétique positif et produit ainsi plus d’énergie qu’elle n’en consomme. Le surplus d’énergie sert aujourd’hui à alimenter la commune de Saint-Marie et les communes avoisinantes. D’un autre côté, la distillerie détruit également plus de CO² qu’elle n’en fabrique et peut ainsi se considérer comme l’une des rares distilleries de rhum non-polluantes.
Toujours en Martinique, mais du côté de Saint-Pierre, du côté Nord-Caraïbe, La Martiniquaise détient une seconde distillerie, à savoir la distillerie Depaz. Celle-ci produit bien évidemment les rhums Depaz, mais distille également les rhums de la marque Dillon.
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Ici aussi, la distillerie détient depuis longtemps un méthaniseur pour le traitement de ses vinasses, mais elle ne s’arrête pas là. En 2010, les locaux commerciaux de la distillerie ont été équipés de panneaux photovoltaïques afin de produire de l’énergie solaire, tout comme cela a été le cas avec l’ancienne distillerie Dillon à Fort-de-France en 2009, qui sert aujourd’hui de station d’embouteillage, de laboratoire et d’entrepôt pour les deux marques ainsi que pour les punchs Dormoy.
Capture d_écran 2018-02-14 à 18.45.38En 2018, Depaz annonce que le packaging de ses références sera dorénavant fabriqué à partir de carton composé de fibre de bois certifié FSC dont les sources sont contrôlées et traçables, dans le but de préserver les forêts.
logoBien évidemment, l’innovation du groupe ne s’arrête pas qu’à la Martinique, mais également sur ses autres sites de production dans d’autres parties du Monde.
Pour exemple, la distillerie réunionnaise Rivière du Mât produit 90 000 hl d’alcool pur par an (400 HAP/jour) ce qui fait que la production de vinasse est de l’ordre de 600 m3/jour au cours de la campagne. Jusqu’à récemment, cette vinasse était rejetée en mer via un émissaire à près de 80 m de profondeur, cependant, grâce à l’installation d’un digesteur ici aussi, la quasi-totalité des vinasses peut-être traitée et produit ainsi de l’électricité pour le fonctionnement de la distillerie, puis en revend le surplus à EDF pour l’alimentation locale. Les boues produites sont ici également utilisées comme fertilisant, au point où le directeur de la distillerie, Monsieur Teddy Boyer, nous dit avec humour que bientôt, il sera obligé de se revendiquer producteur de boue avant d’être producteur d’alcool.
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Zone du méthaniseur chez Rvivière du Mât (Réunion)
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Chaudière chez Rivière du Mât (Réunion)
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La flamme de la chaudière devient bleue quand elle utilise le biogaz issu du méthaniseur.
Comme autre exemple nous pouvons également citer leurs distilleries de Whisky en Ecosse, où l’on utilise par exemple des céréales non génétiquement modifiées et dont les plantations ici aussi, sont situées près des distilleries, réduisant ainsi le bilan CO² (comme pour Saint James) lors de l’acheminement des matières premières.
Ici aussi, on a pu bénéficier de l’installation d’un digesteur pour produire du méthane et ainsi se fournir en énergie naturelle, mais également de l’installation de systèmes de drainage urbains durables afin de récupérer l’eau de pluie pour le fonctionnement interne de la distillerie.
Finalement, toutes ces installations en rapport direct ou indirect avec la production de rhum (ou d’alcool) sont bien-sûre coûteuses, mais représentent un réel progrès et un réel souhait écologique et durable qui peuvent révolutionner l’industrie rhumière et la rendre plus pérenne en plus d’être éco-responsable.
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